Il y a des gens qui disent que l’amp met à l’épreuve ton couple. Il y en a d’autres qui disent que l’arrivée d’un bébé met à l’épreuve ton couple. Autant dire que si ton couple résiste aux deux, tu peux apporter des une offrande au dieux du zizi (celui qui met des hommes sympatoches dans ton lit) (et aussi au dieu des toilettes, celui qui te met les deux barres sur le test de grossesse, et celui qui t’envoie tes régles pour marquer le début de ton 1002365 cycle).
Alors oui, avoir un bébé c’est génial. Oui je souhaite à toutes celles qui n’y arrivent pas pour l’instant de connaitre ce genre de problème. Oui j’ai un très gros problème de culpabilité avec le fait d’admettre que des fois avoir un bébé, ça a des côté un tout petit peu pénible.) (mais vite contrebalancés par de grands bonheurs) (oui j’ai un problème de culpabilité je vous dis).
L’amp, ça met à l’épreuve ton couple. Parce que comme un con, tu croyais que la fonction première de la sexualité c’était d’avoir des gosses. Parce que t’es obligé d’admettre que non. Parce que tu te demandes: "ah bah oui, mais quand le mari va s’astiquer au laboratoire d’Eylau, c’est de la sexualité ou pas? C’est quoi ce délire en fin de compte?". Le mari se pose la question aussi d’ailleurs à mon avis. (sinon je trouve ça tellement géniale de me dire qu’environ 70% des maris de couples infertiles en amp en Ile de France ce sont tiré la nouille dans la même salle (enfin vaut mieux ça plutôt que dans la même sale vous me direz). De toute façon, depuis qu’on t’avait dit que si tu ne faisais pas du touktouk au rythme très précis d’une fois tous les trois jours, tu t’étais déjà posé des questions.
Et en même temps, ça fait pas du bien de se sentir libre à nouveau de pouvoir niquer dans n’importe qu’elle position? Ca fait pas du bien de se sentir libéré de toute cette pression de comment on va faire pour faire un enfant nous même quand on vous dit que ça va pas être possible et du coup l’hôpital va se charger de vous arranger ça?
L’amp, traverser tout ça, ça soude le couple aussi. Tout ça j’en ai déjà parlé. Plusieurs fois ici. Je saurais même pas vous mettre des liens vers des billets que j’ai écris tellement il me semble que c’est une constante. Du coup il y a des choses auxquelles je m’attendais pas du tout. Quand on vit tellement dans l’attente et l’espoir, quand on a un couple dont le seul centre de gravité est devenu "faire un bébé", ça fait tout drôle de se mettre à vivre dans le présent, et plus dans l’attente.
Vous me direz qu’on attend un bébé. C’est pas faux. Et finalement, l’arrivée d’un bébé dans ma maison s’est pas passée aussi difficilement que ça. Globalement, on a trouvé nos places assez rapidement autour de lui, c’était facile de nous réorganiser.
Le problème a été la grossesse je pourrais dire. Avec le recul, je me dis qu’on était peut-être dans deux bulles qui avaient du mal à se rencontrer. Genre moi j’étais dans une bulle de bonheur et de plénitude et de niaiserie, pendant que le mari était dans une bulle de remise en question et d’inquiétude. Oui les hommes sont faibles que voulez vous. (Et oui, c’est pas sympa de dire ça je sais pardon, vous reprendrez bien un peu d’amertume?)
Maintenant, on a le bébé, on a de nouveau un centre de gravité qui implique des actions aux quotidien, une organisation, toussa. Mais pendant la grossesse, c’était une sorte de pause où on n’avait qu’à se laisser porter. Et méditer. Apparemment ça lui réussit pas plus que ça au mari de réfléchir. En même temps j’avais mis mon cerveau en pause alors fallait bien que quelqu’un s’en occupe.
Tout ça pour vous dire que ça m’a permis de me rendre compte d’un truc: on n’est pas tellement plus forts que les autres. C’était un peu prétentieux de dire ça, et de le croire. On a même un peu perdu de vue qu’à l’origine, ce qui nous a rapproché, c’est notre amour, pas juste le fait d’avoir des obligations et des frustrations communes. un jour on m’a dit "J’ai des amis qui ont réussi à adopter un enfant, et quand ils y sont parvenus ils ont divorcé. Ils s’étaient rendu compte que c’était leur projet la seule chose qui les reliait". J’ai trouvé ça super indélicat sur le coup. Et pourtant, difficile de réapprendre à vivre heureux, pour nous en tout cas. La vraie difficulté finalement, c’est pas l’amp, c’est de se retrouver comme un couple normal, rien de plus, et de se souvenir pourquoi on s’est aimés au début. Mais je pense qu’on peut le faire.

Il manque la vignette où on voit la main au cul









